La construction quand on X, Y… 1 : études syntaxiques et pragmatiques *

Sandra Teston-Bonnard, Heike Baldauf-Quilliatre, Véronique Traverso (Lyon)


 

1 Introduction

La recherche dans la base de données CLAPI (clapi.univ-lyon2.fr) nous a permis de repérer que la forme quand on X, Y y était produite de façon récurrente. Dans le cadre de nos études du français parlé dans l'interaction, il nous a donc paru intéressant d'analyser les variations de cette construction relevées dans les corpus, en croisant l'approche syntaxique que nous proposons dans l'ensemble de nos études (voir parmi elles, des applications de cette approche : Teston-Bonnard 2006a, 2006b) avec les perspectives pragmatiques et interactionnelles.

Si la linguistique interactionnelle a mis au jour la séquentialité, l'évolutivité, la progressivité et le développement incrémental des productions des locuteurs, ce qui nécessite une granularité descriptive très fine, les chercheurs observent parallèlement un recours permanent à des formes pré-construites et plus ou moins figées (constructions syntaxiques, Schmale 2012 ; routines, Coulmas 1981 ; pré-formé dans la conversation, Gülich 2008). Cette double caractéristique doit être articulée par la description linguistique de manière à montrer à la fois la stabilité de certaines constructions et les possibles modifications qu'elles connaissent dans leurs usages dans la parole en interaction, le changement au niveau des valeurs pragmatiques, tout comme les mutations-évolutions d'ordre syntaxique induites par l'interaction, au cours des différentes actions langagières et dans le cadre des activités auxquelles s'adonnent les locuteurs pendant leurs échanges.

Les fonctions interactives d'une de ces constructions seront analysées, pour examiner comment les participants l'utilisent, la modifient et la « bricolent » dans l'interaction. La méthodologie ici mise en oeuvre est ancrée dans une perspective d'aller et retours descriptifs qui enrichissent l'étude, et permettent d'identifier des niveaux de variation.

Un des objectifs de l'article est de tenter d'articuler une analyse syntaxique du français parlé, à la prise en compte de caractéristiques liées à l'interaction, au contexte séquentiel des productions et à leurs fonctions interactionnelles. La description proposée est donc l'occasion d'une réflexion sur une  proposition de conceptualisation des relations entre grammaire et interaction.


2 Etat de l'art

L'analyse des constructions préformées a une longue tradition en linguistique, notamment dans l'étude des phraséologismes, idiomatismes ou autres formes figées (voir p. ex. Burger et al. 2007). Mais si la phraséologie s'intéresse depuis ses débuts à des routines conversationnelles (p. ex. Coulmas 1981 ; Stein 1995), moins abondants sont les travaux consacrés à des structures préformées en tant que véritable « méthode conversationnelle » (Gülich 2008 : 869).

Dans une perspective conversationnelle, on s'intéresse aux « pré-formés » dans le cadre des formules (dans le sens de Kallmeyer/Keim 1994 ; Keim 1997) ou des généralisations, voire catégorisations (cf. Ayass 1999 ; Doury/Traverso 2000). Dans une perspective syntaxique, c'est notamment la phraséologie allemande qui, en tenant de plus en plus compte du fait que l'idiomaticité est une caractéristique graduelle (Burger 2007), s'ouvre à d'autres structures préformées. Ainsi, Burger (ib : 45) propose sous le chapeau de phraséologismes au sens large un groupe de constructions syntaxiques qu'il nomme modèle (« Modellbildungen »). Ces modèles correspondent à un schéma structurel avec une interprétation constante qui peut accueillir différents éléments lexicaux. Depuis une dizaine d'années la linguistique interactionnelle s'appuyant sur la grammaire des constructions décrit également des formats/constructions syntaxiques en interaction et met ainsi en lumière des structures préformées (notamment Deppermann/Fiehler/Spranz-Fogasy 2006 ; Günthner/Bücker 2009 ; Auer/Pfänder 2011). L'approche syntaxique sur laquelle nous fondons nos analyses est celle de la macro-syntaxe aixoise (cf. Blanche-Benveniste et al. 1984; Blanche-Benveniste 1990) que nous allons présenter plus en détail.

Il y a trois décennies, de nouveaux modèles théoriques de syntaxe, ont été élaborés à partir de travaux sur le français parlé. Ce type de recherche est donc basé sur une méthode dite inductive. Cette méthode a été expérimentée notamment par certains linguistes d'Aix en Provence, Claire Blanche-Benveniste, Henri-José Deulofeu, Jean Stéfanini et Karel van den Eynde dans les années quatre-vingt : réunis au sein de l'équipe de recherche GARS 2, ces chercheurs ont construit une perspective de travail qui s'inscrit dans une tradition descriptive. Il s'agissait de systématiser les acquis de la linguistique descriptive à travers l'examen du français écrit et oral, en n'excluant aucun registre de la langue, ce qui il y a 30 ans était tout à fait novateur.

Le modèle repose sur une conception syntaxique formelle fondée sur la distinction des propriétés des éléments autour du verbe. Les propriétés sont vérifiées méthodiquement par des tests statistiquement opératoires : appartenance à un paradigme de catégories ou de constituants, capacité à recevoir des modalités, commutation avec des proformes 3 etc. (cf. Blanche-Benveniste 1997 : 113). Le cadre de recherche est appelé l'Approche Pronominale, AP (cf. Blanche-Benveniste et al. 1984, Blanche-Benveniste 1990).4

Ces propositions constituent un apport indispensable aux modèles de syntaxe existants, et surtout représentent une méthode, des ressources et des outils permettant notamment d'intégrer la description de l'oral dans l'étude globale du système de la langue.

Comme d'autres macro-syntaxes (celle de Fribourg par exemple, cf. Berrendonner/Béguelin 1989 ; Berrendonner 1990, 1993, 2002 ; Béguelin 2002, ou la macro-syntaxe italienne, Cresti 2000 ; Cresti/Gramigni 2004), cette approche (cf. Blanche-Benveniste 2002b ; Deulofeu 2002) renonce à la notion de phrase et propose d'autres unités de référence, dont nous ferons usage dans cette contribution. Elle ne prend pas pour objet les phrases, mais les constructions 5, partant du constat que de nombreuses difficultés rencontrées en analyse syntaxique tiennent à l'utilisation du terme phrase, souvent employé à la fois pour, construction et unité de communication, ou de l'inadaptation du terme proposition.6

Dans une syntaxe à deux modules comme celle que l'AP propose (micro-syntaxique et macro-syntaxique), le « premier » module d'organisation syntaxique est donc descriptible à partir d'unités identifiables par notre savoir grammatical : catégories, constructions7, relations de rection ou non, complémentation ou non, constituance, etc.

Le « second » module d'organisation syntaxique n'est pas descriptible à partir du domaine « des rections de catégories grammaticales » (Blanche-Benveniste 1990 et al. : 113) :

Ce « second » type d'organisation syntaxique est descriptible, par rapport à une unité noyau – définie comme un « énoncé autonome » sur le plan de la communication, possédant une valeur illocutoire ; l'énoncé noyau porte les modalités et correspond à un acte de langage. Il est descriptible en outre par les relations de dépendance et d'interdépendance qu'il entretient avec les unités non noyaux : des unités avant le noyau, les pré-noyaux, (intonation suspensive, énoncé donnant une impression de non fini, ne pouvant être affecté par les modalités, etc.), et des unités après le noyau, les post-noyaux8 (intonation parfois basse, d'appendice, ou initié par certains types de connecteurs).

Notre analyse portera sur des énoncés comme Quand on tire trop sur la corde elle finit par casser, que nous traiterons comme des constructions composées minimalement d'un pré-noyau (quand on X) et d'un noyau (on X ou c'est X, etc.), les formes du noyau étant variées nous choisissons de représenter la construction comme quand on X, y9. Les analyses nous permettront de montrer la permanence de ces formes de base, à travers un grand de nombres de variantes observables dans le corpus, par expansion et complexification. Nous avons également un certain nombre de variantes par suppression, comme dans l'extrait suivant :

Dans cet extrait, aux lignes 6-7, on trouve en conclusion de la réponse de l'interviewé et du petit récit qu'elle vient de faire à propos de sa sœur, ce que l'on pourrait considérer comme une amorce de la construction qui nous intéresse, dans laquelle le noyau (qui pourrait être quelque chose comme on s'habitue, on fait comme on peut, etc.) n'est pas explicité. Nous ne nous arrêterons pas sur ces cas, cherchant plutôt à mettre au jour dans cette première étude, les variantes dans lesquelles les deux éléments de la construction sont attestés.

Sur le plan des fonctions, la construction quand on X, Y nous intéresse surtout pour sa fonction d'énoncé généralisant. Nous suivons ici Doury/Traverso (2000) qui décrivent les énoncés généralisants à la fois par leur forme (pronom indéfini on, syntagmes génériques tels que article + nom d'une classe, temps présent, etc.) et par leurs fonctions (vérité générale, exemplification par évocation de situations typiques, faits habituels etc.). Cette approche nous semble d'autant plus propice pour nos analyses que la construction que nous étudions est utilisée pour la plupart des occurrences dans un cadre argumentatif. Ayass (1999) qui s'intéresse à la fonction moralisante de la construction Wer … , der … (‹ celui qui X, Y ›) caractérise ce type de structure comme formules catégoriques (« kategorische Formulierungen ») permettant d'exprimer une moralisation dans un style indirect. Dans ses corpus, les formules catégoriques se trouvent d'habitude en fin de séquence et reprennent d'une façon plus générale en le condensant, ce qui a déjà été dit. Elles clôturent ainsi les séquences où elles apparaissent (voir aussi Drew/Holt 1988 : 406 pour le « summary character of ideomatic formulations »). Cet aspect de bornage est aussi mentionné dans les analyses de Doury et Traverso (2000), et nous le retrouverons dans notre étude de la construction quand on X, Y. Il en va de même pour la valeur morale.

Si la généralisation ne se résume pas uniquement à l'expression d'une vérité générale, la référence à une sorte de pouvoir normatif semble néanmoins un aspect important et présent dans de nombreuses formes de généralisation. Cette référence a été tout particulièrement étudiée par Berrendonner (1981) qui décrit l'opinion intersubjective et partagée au sein d'une communauté comme véritable facteur dans l'interaction. Il postule ainsi une vérité qui « repose sur le seul consentement des participants au dialogue, sur le crédit attribué à ce contenu par la communauté linguistique ou l'une de ses parties. » (ib. : 113). Cette « on-vérité » est une sorte d'institution, un « pouvoir mutuellement exercé et consenti par les participants aux actes. » (ib. : 95).11


3 Analyse

Nous basons nos analyses sur un corpus établi à l'aide de la banque de donnée CLAPI (Corpus de Langues Parlées en Interaction).12 CLAPI contient 46 corpus correspondant à 350 enregistrements (audio et video) d'interactions authentiques dans leur contexte habituel. Depuis 1980 sont collectionnés, dans cette banque de données, des settings très variés (situations privées, professionnelles, commerciales etc.). Les données sont décrites à l'aide de 70 méta-données concernant la situation interactionnelle et l'enregistrement. CLAPI permet non seulement une recherche d'unités lexicales, mais aussi des combinaisons de différents aspects, notamment de très nombreuses occurrences de structures de type quand X, y (ie Quand Construction/Quand C), telles que :

Il nous a fallu dans un premier temps délimiter un périmètre de l'objet à étudier et choisir un seul sous type parmi les nombreuses attestations différentes relevées.

Nous avons retenu parmi celles-ci les constructions de type quand on X, y, telles que :

avec souvent y = X, de type :

qui sont suffisamment fréquentes dans notre base pour montrer la récurrence de cette construction symétrique produite dans des interactions non préparées, tout en permettant de mettre en évidence la créativité des locuteurs dans les  variantes qu'ils introduisent.

Le sous-type retenu présente les caractéristiques suivantes :

En d'autres termes, la construction quand on X, X se compose :

La construction de type quand on X, y se compose :

Ce sont les différences dans la composition du noyau qui vont fonder le classement que nous proposons ci-dessous. Ayant choisi de nous intéresser seulement aux Quand C qui sont produites avec leurs deux éléments (prénoyau initié par quand on suivi de son noyau), nous avons exclu pour l'analyse les structures abandonnées définitivement par le locuteur après le premier élément, phénomène intéressant aussi mais pour d'autres aspects, et qui doit être étudié spécifiquement (quand on X non suivi d'une autre unité).

Par ailleurs, le choix de la structure composée de quand on nous conduit à observer plus particulièrement la valeur pragmatique généralisante (voir Doury/Traverso 2000) de ces Quand C vs. les vraies temporelles14 de type Quand on ira au bureau demain, on récupérera le dossier et d'affiner cette valeur de généralisation par rapport aux divers aspects syntaxiques des constructions sélectionnées.

Le sous-type que nous avons retenu fournit, à lui seul, 150 exemples de QC quand on X, y (dont les formes quand on X, X), issus de CLAPI, à partir de données recueillies dans différents types de corpus et de situations de paroles, comptant 122 transcriptions.

Classement retenu

A l'intérieur des 150 occurrences de la construction sélectionnée, nous avons classé des groupes de Quand C, d'abord identifiés à partir de propriétés syntaxiques sur la base de la reprise ou non du pronom on dans le noyau ( quand on X, on X et quand on X, y (autre pronom ou présentatif)). Nous les avons ensuite analysés à la fois sur le plan syntaxique et sur le plan interactionnel.

Dans un premier temps, nous avons observé les aspects concernant la fonction de généralisation, en étudiant les Quand C de la plus généralisante (+ généralisant) à la moins généralisante (+/- généralisant ; – généralisant). Ensuite, nous avons opposé les Quand C monologales (le même participant produit les deux parties) au Quand C collaboratives (chacune des parties est produite par un locuteur différent) et nous nous sommes intéressées plus particulièrement aux Quand C collaboratives.

3.1 Quand on X, Y: analyse d'un premier ensemble de Quand Constructions monologales

3.1.1 Les Quand Constructions Quand on X, on X

Puisque nous privilégions une perspective de traitement syntaxique, nous avons décidé de fonder nos classements d'abord sur un critère formel de composition grammaticale : ce premier tri basé sur un critère formel permet de distinguer parmi les 150 attestations de quand on X, y, une vingtaine d'occurrences dans lesquelles le premier élément est initié par quand on, et le second par la reprise du pronom on.

Ces exemples sont essentiellement très généralisants (Quand C « + généralisantes »), ce qui s'explique par le double on, régulièrement de nature argumentative. Les indicateurs syntaxiques et lexicaux produits dans l'interaction montrent en effet que ces Quand C sont souvent produites comme la première unité d'une structure oppositive, et qu'elles peuvent avoir un caractère de bornage. Dans plusieurs exemples, des verbes, des noms ou des syntagmes se font écho dans les deux éléments de la Quand C, en tant que reprises sémantico-lexicales signifiantes et fortement indicielles pour le sens du message :

Nous allons traiter ici et analyser de manière détaillée quelques exemples parmi la vingtaine d'occurrences recueillies et regroupées dans ce premier groupe des Quand C.

Dans cet extrait, la Quand C explique un énoncé grammaticalement suspendu ( je suis tombée sur un patron qui était….,l.06)

Sur le plan macro-syntaxique, l'incise expliquant « je suis tombée sur un patron qui était » est constituée de deux éléments formant une Quand C se décomposant bien en un prénoyau quand on X, (lui-même introduit par d'autre(s) prénoyau(x)) et suivi d'un noyau initié par on.

Dans les corpus étudiés, on constate que les structures de ce type font régulièrement partie de constructions plus grandes, ou de dispositifs : incise, discours rapporté, clivée, etc.15

Sur le plan macro-syntaxique, la structure est introduite par 3 prénoyaux : bon/au début/bien sûr et, ici, en tant que 4ème prénoyau : quand on est jeune…. Elle s'insère dans un type d'incise très largement repérée dans les corpus (cf. Teston-Bonnard 2006) : bon….mais l.06-10).

L'incise composée de la Quand C explique et argumente (comment était le patron : dur), l'incise donne les éléments d'information de la structure abandonnée (un patron qui était…., l.06), initiatrice de l'épisode thématique définissant le patron : un patron dur mais formateur.

Après avoir pris en compte les pronoms on – premier indice de généralisation qui ne peut suffire16, on observe que d'autres indicateurs marquent le caractère généralisant de la construction : l'adverbe toujours, modifieur du verbe d'opinion trouve, et le temps présent de vérité générale (présent de valeur gnomique volontiers utilisé pour les proverbes ou les règles). Nous avons donc classé cet exemple dans les «  Quand C + généralisantes ».

La Quand C se trouve dans une phase de narration au sein d'une conversation. La locutrice (FA17) raconte sa vie. Cette narration produite à la 1ère pers. du singulier est interrompue par la Quand C. Puis, la narratrice reprend son histoire. La Quand C est non clôturante, car l'incise dans laquelle elle s'insère réunit les conditions pour que le récit reprenne, tout en bornant une période macro-syntaxique. L'insertion généralisante au cours du récit fonctionne comme un appel à l'autre. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un échange à proprement parler, on observe que la locutrice suspend sa narration pour apporter des éléments qui se situent sur un autre plan énonciatif (caractérisation du patron). La généralisation utilisée dans l'incise (emploi du présent, emploi du on ) fonctionne comme un appel à l'alignement de l'interlocuteur, et l'on observe que ce dernier produit des régulateurs (oui, ouais).

La Quand C permet à la locutrice une prise de distance par rapport à son histoire : le fait est exprimé non comme une expérience personnelle, mais comme une vérité générale et partagée. Le retour à la 1ère personne du singulier juste après (l.10) accentue encore ce caractère d'incise et de commentaire exprimant une opinion générale.

Dans l'extrait suivant, la Quand C présente un exemple qui généralise l'argumentation, et non plus un récit comme dans le cas précédent

Cet extrait représente également un emploi très généralisant de bornage (la Quand C initie un épisode thématique), qui, malgré le temps du verbe utilisé dans le premier élément (passé composé), lance l'explication sur le lien supposé – et non validé par la locutrice – entre la culture et l'intelligence : « c'est un des êtres les plus intelligents….c'est pas liée à la culture » (l.03-05).

Par un procédé d'exemplification, la locutrice propose une « définition » de l'intelligence sous forme d'une vérité générale, en développant une phase d'explication et d'argumentation qui démontre pourquoi son père est intelligent, et d'où il tire son intelligence.

Sur le plan discursif, la Quand C est insérée dans une narration qui est beaucoup plus argumentative que dans l'exemple précédent : le narrateur se sert de sa propre expérience et de son histoire, comme ressources pour développer une argumentation. La Quand C interrompt là aussi une narration produite à la 1ère pers. du singulier, mais contrairement à l'exemple précédent, il n'y a pas de retour au récit à la 1ère pers. par la suite.

Le narrateur poursuit avec le pronom on, il reste donc dans la généralisation. Ici, la généralisation ne surgit pas de l'expérience du narrateur, mais relève d'une opinion, donnée dans le cadre d'une argumentation, et présentée comme vérité générale.

Certaines Quand on X, on X ont néanmoins un caractère moins généralisant, comme le suivant :

Cet exemple fait partie des attestations que nous avons classées dans les Quand C « +/- généralisantes », moins généralisantes en effet que les deux premiers exemples de Quand C que nous venons d'analyser. Sa complexité confirme qu'un classement rigide des interactions verbales attestées n'est pas toujours possible. Pour se garder de proposer des regroupements ad hoc, nous décrirons le plus précisément possible ce type d'extrait.

Ici, des expansions complexes sont produites sur chacun des deux éléments de la Quand C pour appuyer le développement et les explications argumentatives de la locutrice. Deux périodes macro-syntaxiques se superposent :

Une première unité (prénoyau sans noyau ?, ou noyau ?) « Quand ON regarde sa propre famille » (l.12) est suivie d'une construction macro complète (prénoyau + noyau).

Ce qui est particulièrement intéressant ici révèle l'un des aspects évoqués dans notre introduction : c'est la manière dont le langage en interaction se construit au fur et à mesure et fait apparaître de nouvelles organisations syntaxiques, et dont des structures préfabriquées se modifient et s'adaptent progressivement, tout en maintenant une structure conforme et reconnaissable liée à une forme prototypique. En effet, le second élément de cette Quand C (« il acquiert deux familles… » l.13) ne répond pas à « quand on regarde sa propre famille » (l.12), mais à « quand un enfant naît » (l.12-13). Ce sont les unités sémantico-lexicales (famille, deux familles, deux parents) qui se font écho dans les deux éléments comme des renvois-rappels et dont la symétrie construit la Quand C que le locuteur est en train de produire.

On observe également que le segment « il acquiert deux familles… » est coordonné avec un énoncé interrogatif : « et est-ce qu'on lui demande de faire un choix entre ses deux familles » (l.14-15), qui constitue une partie du noyau de la période macro-syntaxique.

Ce fait, qui n'est d'ailleurs pas exceptionnel dans les corpus, montre que les éléments attendus dans la composition d'un préformé peuvent être remplacés par d'autres qu'on refuserait sans doute intuitivement, et qui, sur le plan normatif ne paraissent pas conformes.

Au niveau d'une syntaxe traditionnelle normative (ce qui n'est pas notre perspective), le noyau attendu devrait être déclaratif, et non interrogatif. Pragmatiquement, cet énoncé interrogatif est une question de type rhétorique, qui ne correspond pas au premier élément d'une paire.

Le second élément noyau (« il a::cquiert deux familles pace qu'il a deux parents et est-ce qu'on lui d`mande de faire un choix entre ses deux familles », l.13-15) est aussi enrichi d'une expansion par le moyen d'une deuxième coordination qui reprend le format d'une structure Quand C « et à côté de ça quand on a des personnes qui se retrouvent entre deux cultures… » (l.15-16). La question intéressante que pose cette expansion est celle de l'attente d'un noyau absent (quelque chose comme on les met en demeure de choisir) pour rétablir l'équilibre de la construction syntaxique, ou peut-on considérer que la Quand C est elle-même noyau en vertu du parallélisme (contraste) entre les deux constructions successives (à propos de la famille et à propos de la culture), qui permet de n'avoir pas à expliciter l'élément impliqué (un peu comme dans j'ai pris cinq ouvrages à la bibliothèque et Pierre deux). Cet extrait  met particulièrement bien en évidence l'intrication de la construction discursive rhétorique et syntaxique.

Comme dans l'exemple précédent, la Quand C se trouve au sein d'un développement argumentatif présentant des allures de récit. Le locuteur oppose sa vision (plutôt « morale », l.09) à une autre vision, répandue (plutôt « économique », l.08). S'il présente cette vision comme la sienne propre et dépendant de valeurs personnelles (l.09-11), il argumente en fait en vue d'en montrer la justesse et la généralité, incluant ses interlocuteurs. Les « autres » (qui « parlent de d'économie », l.08) sont ainsi exclus et positionnés comme se comportant « mal » d'un point de vue moral (voir aussi Drew 1998). Les valeurs auxquelles il se réfère deviennent ainsi des règles de la société, une position qui est confortée par la suite (p. ex. pas de retour à la 1ère pers.).

Contrairement aux exemples précédents, la Quand C ne clôture pas une séquence ou un thème mais introduit un nouveau thème qui est ensuite développé de façon argumentative. Cette position explique peut-être aussi la complexité syntaxique : Contrairement aux Quand C clôturantes qui résument sous forme d'une « formule » généralisante et catégorique ce qui a été explicité auparavant ou contrairement aux Quand C en incise qui « commentent » ce qui a été dit, cette Quand C tente de poser pour la première fois dans cette conversation un thème qui n'a pas encore été élaboré. La structure de la Quand C montre l'émergence du thème.

Ce premier format a permis de montrer que la Quand C de la forme Quand on X, on X est utilisée pour des fonctions plus variées que la seule généralisation. S'il est vrai que cette dimension reste toujours présente (par opposition à la valeur temporelle), on a pu voir que la construction est utilisée dans le cadre de constructions argumentatives étendues, et qu'elle joue aussi un rôle au niveau de la gestion des thèmes, soit en clôture (venant agir comme une des « formulaic expressions » étudiées par Drew et Holt 1988, ou comme la « aphoristic technic « mentionnée par Schegloff et Sacks (1973 : 306) consistant en une vérité générale pouvant être entendue comme la morale du thème, soit comme procédure d'introduction d'un thème.

L'analyse a également mis en évidence, parmi les particularités récurrentes sur le plan syntaxique, l'intégration très fréquente de la Quand C dans des constructions plus macro, des dispositifs syntaxiques, qui sont autant de constructions rhétoriques.

3.1.2 Les Quand Constructions quand on X, y

Sur les 150 occurrences de quand on X, Y, le pronom on n'est pas repris dans le noyau dans plusieurs dizaines d'exemples. Nous les avons catégorisés dans un groupe de Quand C, dans lequel on regroupe les constructions qu'on peut décrire avec les mêmes critères de base que le premier groupe :

Le seul critère qui diffère et permet de discriminer deux groupes de Quand C concerne le second élément (noyau) : le pronom on n'est pas repris dans le noyau.

Contrairement au premier groupe, dans ce deuxième groupe de Quand C, le second élément est initié par un autre pronom que on, je/tu /il etc. ou ça, ou par les présentatifs c'est, ou il y a, ou encore par un verbe modal faut.

Il nous a paru utile de distinguer ces deux regroupements, et d'en faire un examen spécifique, les valeurs pragmatiques et les indices interactionnels nous ayant semblé systématiquement différents pour les deux regroupements. Il a émergé assez rapidement, à travers les premières observations empiriques sur corpus que nous avons d'abord menées, que différents types de constructions seront regroupables sous des valeurs pragmatiques récurrentes : ici on regroupe quand on X, c'est  Y ; quand on X, faut Y ; quand on X, tu ; je, il…Y ; quand on X, il y a Y sous des valeurs pragmatiques, certes diverses, mais moins généralisantes que dans le groupe de Quand on, on X.

En effet, le groupe de Quand on, y rassemble des énoncés qu'on classera plutôt dans les +/- généralisants, car les valeurs pragmatiques généralisantes qu'ils portent sont plus nuancées et plus variées que celles qui ont été repérées en étudiant le groupe de Quand on, on X. Les trois exemples présentés ici sont classés du plus généralisant aux moins généralisants. Pour la description et l'étiquetage des occurrences, nous continuons à utiliser les classifications proposées par Doury et Traverso (2000). Parmi les énoncés généralisants, les auteures ont répertorié, à partir de corpus spécifiques17, des énoncés exprimant (voir ci-dessus, chap. 2 Etat de l'art) :

Comme pour le premier groupe de Quand C, nous n'examinerons que quelques exemples parmi les plus significatifs, pour démontrer qu'en effet les aspects pragmatiques, et les formats interactionnels y sont beaucoup plus diversifiés.

Dans ce premier exemple de la catégorie le second élément est introduit par le présentatif il y a :

Ici la structure syntaxique « tu as raison quand on est médecin des fois euh il y a des gens qui sont pas très gentils » (l.11-12) est plus étendue que d'autres Quand C « prototypiques », et peut s'observer à la fois à travers les dimensions microsyntaxiques et macrosyntaxiques. A l'intérieur du découpage macro-syntaxique, on identifie la Quand C, construction dont les éléments sont liés aussi par des relations de type micro, comme nous le définissons dans notre introduction (superposition des niveaux micro et macro) :

On identifie un noyau, « il y a des gens qui sont pas très gentils » et trois prénoyaux :

Le premier prénoyau « tu as raison » nécessite un développement (projection d'un noyau attendu) que fournit la Quand C qui suit (énoncé parataxique : relation discursive entre « tu as raison » et la construction quand on). Le deuxième prénoyau « quand on est médecin» (premier élément de la Quand C) porte la thématique dont on parle dans l'interaction : les conséquences de la situation de médecin. Le 3ème prénoyau « des fois euh » ouvre le second élément de la QC, le noyau « il y a des gens qui sont pas très gentils ».

L'énoncé de EN1 confirme l'explication de ELA (l.10) et, en même temps, vise plus loin : il n'est plus seulement question de ELA et du type de personnes qu'il apprécie, mais de la situation du médecin qui a affaire à tout type de personnes. Si la construction se présente comme une réponse/confirmation, le locuteur réoriente le thème de l'échange vers « les gens qui ne sont pas gentils », sur la base d'une inférence à partir du tour de parole de ELA («(j'aime bien les gens qui sont gentils avec moi»). La vérité générale que la Quand C exprime permet d'introduire le changement et d'évoluer d'une expérience et opinion individuelle à une situation plus générale. La généralisation se trouve à la fois dans le pronom indéfini, les catégories (médecin, des gens) et l'adverbe des fois, puisque la récurrence, la répétition de faits ou de situation, même si elles ne sont pas systématiques, sont des aspects de généralisation formulés ici en une sorte de règle  de comportement des gens, que la locutrice semble connaître (avoir connus) à travers son expérience.

Dans l'exemple suivant, le présentatif « c'est » initie le noyau et reprend le prénoyau « quand on peut partager ça » :

La Quand C exprime ici une vérité générale, fondée sur la généralisation d'un point de vue de la personne, issue de son expérience personnelle. Dans cet épisode thématique, la locutrice passe du récit de faits habituels (l.1-2) à une opinion général(isant)e qu'elle donne sur ses rencontres avec les autres (l.2-6).

La Quand C clôt cet épisode d'explication-récit (l.7-8). L'emploi de « c'est » qui résume la première partie de la Quand C accentue encore ce caractère de clôture. La Quand C est ainsi présentée comme une condensation et une conclusion de l'explication précédente. Le « mais » qui suit la structure n'est pas contrastif, mais discursif.

Dans cet extrait le présentatif c'est n'a pas de fonction résomptive.

Le prénoyau « ou alors » ouvre macro-syntaxiquement la structure. Sur le plan syntaxique, il faut remarquer que le dispositif de clivage ( c'est…qui) construit ici une relative qui extrait un élément (ma mère). Le présentatif c'est n'a pas la même fonction que le c'est de l'exemple (5) dans lequel la fonction de c'est est résomptive, puisqu'il reprend le prénoyau, premier élément de la Quand C. Ici, « C'est » est le présentatif du syntagme nominal « ma mère » qu'il met en saillance, il ne reprend pas l'ensemble du prénoyau, premier élément de la structure quand on.

Dans cet exemple, la structure Quand C exprime un fait habituel qui est présenté comme une généralité. Ce fait habituel concerne un « modèle de comportement » (Doury/Traverso 2000 : 55) avec une valeur temporelle (cela s'est passé toujours ainsi). La distinction entre Quand C généralisantes et Quand C temporelles devient alors floue.

Parmi les exemples qui ont un noyau initié par un autre clitique sujet que on, le pronom peut porter une valeur d'indéfini impersonnel: « quand on fait ça, vous vous dites que X », « Quand on fait ça, tu te prends une de ces claques », « quand on regarde leurs émissions, ils disent tous la même chose ». La créativité des locuteurs n'a que peu de limites, et on confirmera ce fait en examinant l'extrait suivant d'une quand C qui comporte plusieurs prénoyaux et un noyau complexe :

La Quand C se trouve ici à l'intérieur d'une structure contrastive : Effectivement….X, mais….Y au sein d'une séquence argumentative. Elle est constituée

La Quand C introduit un argument qui se présente sous la forme d'une vérité générale et concluante. Le changement du pronom (du pronom indéfini à la 2ème personne pluriel) rend néanmoins cette vérité moins généralisante, le locuteur reste plus présent que dans les exemples examinés auparavant.

3.2 Les Quand C collaboratives

Comme les Quand C étudiées ci-dessus, les Quand C que nous appellerons collaboratives se composent de deux éléments, d'un prénoyau initié par quand on, et d'un noyau dont le verbe peut avoir un sujet en on, en un autre pronom, ou bien d'un noyau qui commence par les présentatifs c'est ou il y a, ça ou encore par un verbe modal comme faut ; elles portent des valeurs scalaires de « + généralisante » à  « - généralisante » ; et leurs fonctions pragmatiques s'expriment au travers de différents dispositifs syntaxiques. La présentation d'une catégorie Quand C « collaboratives » se fonde sur le fait que les regroupements précédents étaient des exemples de Quand C « monologales », c'est-à-dire produites par un même locuteur (3.1.1 et 3.1.2). Dans les Quand C « collaboratives », les deux éléments sont répartis entre les deux locuteurs, chacun d'entre eux produisant successivement l'un des deux éléments de la Quand C. On parlera d'un locuteur collectif (cf. Loufrani 1985) où « l'on ne discerne plus syntaxiquement la part de l'un ou de l'autre » (Blanche-Benveniste 1997 : 62).

Dans cet exemple, deux Quand C formulent une vérité générale à travers l'affirmation d'un principe, qui s'érige sur la définition et les conséquences d'un état : « être heureux » et « être malheureux ». La première Quand C conclut la réponse à une question posée par E (« et qu'est-ce que c'est d'être heureux alors », l.5 « c'est d'être … en fait euh euh quand quand on est heureux c'est qu'on on on se sent bien quoi dans ce monde », l.9-10). Si la Quand C exprime, certes, une généralisation, elle ne résume pas la liste définitoire proposée en ligne 6-7. Elle apporte un dernier élément de définition et clôt la liste par la différence de forme. Mais ce qui nous intéresse tout particulièrement ici est la deuxième Quand C (l.12-14). E répond en reprenant la même construction et en proposant ainsi une définition de l'état opposé (« quand on est malheureux », l.12). Le lien avec l'échange précédent est triple : par le thème (opposition), par la reprise de la structure (la Quand C) et par le connecteur de « conséquence » (qui est aussi un premier prénoyau) « et du coup ».

E et NIC produisent non seulement une structure commune, ils la produisent en tour collaboratif. Ceci demande outre la production commune d'une structure syntaxique, la ratification par le premier locuteur (cf. Lerner 2004 : 229s.). Dans notre exemple, E ratifie la complétion par NIC avec une répétition à l'identique du second élément (noyau) de la Quand C : « on se sent mal » (l.13-14).

L'exemple suivant présente une collaboration moins exemplaire. Il s'agit d'un extrait d'une séance de jeu vidéo dans une phase hors jeu (cf. Mondada 2012).

Dans une séquence d'exploitation et de réflexion, LUC et RAP tentent de développer des stratégies pour le match suivant en fonction des expériences du match terminé. La Quand C initiée par LUC explicite une de ces stratégies à adopter. L'énoncé implique une ligne d'action élaborée sur un fait habituel à partir d'actions récurrentes de jeu. L'expansion «  genre euh quand y a quatre défenseurs » (l.3) exemplifie et donne une explication du premier élément de la Quand C, ce qu'indique clairement le marqueur à valeur exemplaire (Dostie 2004 : 36) « genre » (ici = par exemple 18, et la reprise de la structure.

Quand C (prénoyau) se construit progressivement après une première tentative abandonnée (non-citée), avec des expansions, des recherches lexicales, des marques du travail de formulation (euh ; allongements vocaliques). Pendant que LUC exemplifie le premier élément, RAP indique qu'il a compris («  oui ») et complète la structure («  ça peut débloquer », l.5). Luc poursuit en chevauchement et termine à son tour la construction («  ça débloque », l.3).

Le noyau « oui ça peut débloquer » produit par RAP a ici un double rôle : il poursuit et achève la structure préformée de la Quand C, et anticipe en la validant l'énoncé que LUC est en train de produire, de construire au fur et à mesure. La construction est formée :


4 Conclusion

Si nous pouvons regrouper des structures formelles similaires de Quand C sous des valeurs pragmatiques, par exemple de de généralisation plus ou moins reliées à des formats spécifiques, avec une gradation plus ou moins marquée, le travail poursuivi dans cette étude montre encore une fois que le lien forme-fonction ne peut être exclusif : il y a quantité d'exemples de Quand C, qui, bien qu'étant formées en Quand on X, X – celles qui ont été repérées comme les plus généralisantes – ne portent pas, en fait, de valeurs généralisantes : il s'agit de « vraies temporelles », telles que :

L'analyse a aussi montré la grande productivité de la construction observée. Elle a mis en évidence la stabilité de ce pré-construit, bien reconnaissable et si bien intégré dans les ressources langagières des locuteurs qu'en contexte, un second locuteur peut compléter la construction entamée par un autre, dans une production collaborative. Et parallèlement, elle a démontré la très grande variété des formes effectivement produites par les locuteurs, qui montrent la créativité, l'adaptabilité, et les multiples façons dont ils exploitent le déroulement temporel des échanges (insertions, retardements, etc.). On a ainsi pu observer comment la construction peut se trouver déformée, transformée, construite en écho, etc. L'élément le plus récurrent dans les extraits est le fait que la Quand C se trouve très fréquemment prise à l'intérieur d'une construction syntaxico-rhétorique et interactionnelle plus ample, où elle va occuper différentes positions (incise, élément conclusif récapitulatif, élément initiateur qui va ensuite être développé).

Sur le plan des fonctions, nous étions parties de la généralisation, valeur qui oppose la construction aux emplois strictement temporels. Nous avons retrouvé cette valeur dans nos extraits, pour les deux catégories dégagées (construction construite de façon monologale et énoncé collaboratif). Mais l'analyse a parallèlement montré que la généralisation n'est pas la seule fonction qu'assume la construction. S'y ajoutent au moins deux autres, qui sont récurrentes : une fonction dans la gestion thématique (clôture ou introduction de thème dans l'interaction) et une fonction argumentative qui est liées aux constructions rhétoriques mentionnées ci-dessus. On peut d'ailleurs observer que, si l'on a pu trouver des constructions construites monologalement aussi bien que collaborativement, l'usage de la Quand Construction semble liée le plus souvent à des contextes à tendance monologale, discours développé en réponse à une question dans le cadre d'entretiens sociolinguistiques, longue tirade dans une discussion, récit. Cela explique que l'articulation que nous avons proposée des approches (macro-)syntaxique et interactionnelle ait trouvé en définitive à s'appliquer surtout au niveau discursif-rhétorique dans des prises de parole longues.

Ainsi, l'analyse montre que, tant sur le plan de l'articulation d'une approche syntaxique  (macro-syntaxe approche pronominale) à une approche interactionnelle, que sur celui de la réflexion sur les liens entre préformé et créativité, les pistes établies dans ce travail pourront être suivies avec profit pour étudier les ressources riches, complexes, et en perpétuel mouvement que les locuteurs mettent en œuvre.


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Notes

* Les auteurs remercient le Labex Aslan (ANR-10-LABX-0081) de l'Université de Lyon pour son soutien financier dans le cadre du programme Investissements d'Avenir (ANR-11-IDEX-0007) de l'Etat Français géré par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR). retour

1 Nous utilisons la formule Quand on X, Y avec les majuscules pour désigner l'ensemble des constructions qui nous intéressent, qu'elles soient de la forme Quand on X, on X (dans laquelle le deuxième membre de la construction reprend le pronom on), ou de la forme Quand on X, y  (dans laquelle le deuxième membre ne reprend pas on, mais est initié par un autre pronom, ou c'est, ou il y a, ou ça….). retour

2 Groupement Aixois de Recherches en Syntaxe, puis équipe DELIC dirigée par Jean Veronis. retour

3 Les tests et leur fiabilité potentielle ne seront pas présentés ici. retour

4 On se réfèrera à l'ouvrage fondateur (cf. Blanche-Benveniste et al. 1984). retour

5 À ne pas confondre avec la notion de construction dans la grammaire des constructions d'origine anglo-américaine (cf. Fillmore/Kay/O'Connor 1988 ; Croft 2001 etc.) et récemment mise au service de l'analyse de constructions en interaction (cf. Günthner 2006 ; Deppermann 2006 ; Schmale 2011, 2012 etc.). retour

6 Beaucoup de linguistes qui remettent en question le concept de phrase avancent de nombreux arguments pour remettre aussi en cause la notion de proposition dans la description linguistique (par exemple Deulofeu 2003). retour

7 A la notion de phrase déjà mise en cause dans le cadre de l'Approche Pronominale en 1975 et en 1984, Blanche-Benveniste substitue les notions de valence et de rection pour décrire le domaine des relations syntaxiques dépendantes du verbe : « Nous n'utilisons pas la phrase comme unité de base de l'analyse syntaxique, mais les constructions grammaticales fondées sur des catégories : constructions verbales, nominales, adjectivales, etc. Pour chacune de ces constructions, nous considérons qu'il y a un élément responsable de la construction ou ‹ élément recteur ›. » (id. 1990 : 9) retour

8 Dans l'approche aixoise, les unités sont nommées préfixes pour les unités prénoyaux, et post-fixes/suffixes pour les postnoyaux. Une unité intra-noyaux (In-noyaux) a été depuis identifiée (cf. Teston-Bonnard 2006b ; Le Goffic 2003). Chaque type d'unité est défini par des propriétés spécifiques et reconnaissables par des tests bien établis (cf. Blanche-Benveniste 1990, 1997). retour

9 On rappelle que y représente toutes les formes de noyaux avec des sujets autres que on, et Y toutes les formes de noyaux y compris celles commençant par on (quand on X, X). retour

10 Pour les conventions de transcription, nous avons utilisé les conventions de transcription ICOR, dont une version développée est consultable à l'adresse : http://icar.univ-lyon2.fr/projets/corinte/ (consulté le 14 novembre 2013).

 [ ]                           chevauchement                  (.)                            micro-pause        

(1.8)                        pause                                   ?                            participant non identifié   

(inaud.) ou xxx      segment inaudible              /   \                          intonation montante/ descendante\

:                              allongement                       par-                         troncation

=                             latching                            °alors°                      voix basse

exTRA                   syllabe saillante                  &                            continuation d'un même tour

((en riant))             commentaire                       (deux; des)             hésitation entre deux transcriptions.

Un des principes qui a prévalu dans la conception de la base de données CLAPI a été de conserver les transcriptions originales des corpus hébergés. Pour cet article, afin d'unifier les extraits, nous avons remplacé les symboles utilisés dans la transcription originale par ceux de la convention ICOR pour les mêmes phénomènes, toutefois, nous n'avons pas procédé à une retranscription véritable. Voir sur ce point, voir Groupe ICOR (à paraître). retour

11 Si la conceptualisation de l'opinion publique ou opinion partagée dans une communauté est au centre de différents travaux (cf. Kaufmann 2002, 2003 ; Strauss 2004), nous nous référons ici essentiellement à Berrendonner. Son approche nous semble la mieux adaptée à nos analyses syntaxiques. retour

12 http://clapi.univ-lyon2.fr/ retour

13 Pour une étude plus approfondie, voir Benzitoun 2006. retour

14 Nous verrons pourquoi la valeur temporelle ne peut être totalement exclue des analyses des quand constructions généralisantes, c'est pourquoi nous distinguons des «  vraies temporelles » qui n'auraient absolument aucune fonction généralisante. retour

15 Dispositifs syntaxiques : Blanche-Benveniste (1997 : 92-96) considère comme « dispositif » les clivées, pseudo-clivées et corrélations. Elle définit le terme ainsi : «  On appelle ‹ dispositifs de la rection › les différents arrangements possibles entre le verbe recteur et ses éléments régis » (id. 1990 : 55). retour

16 Voir la section 4 à propos des temporelles. retour

17 Il ne s'agit donc pas d'un modèle, mais d'une classification issue de faits attestés sur lesquels il est possible de se fonder pour les analyses. retour

18 Genre dans un emploi discursif n'a pas toujours cette valeur là. retour