Tic-tac ou « Manon Lescaut mi chiamo » : Puccini et la dramaturgie du temps
Abstract
Cet article questionne la valeur de la temporalité dramatique dans Manon Lescaut de Giacomo Puccini. Cet opéra s'inscrit dans la lignée des manipulations narratives et formelles d'Angello Zanardini, Amilcare Ponchielli, Arrigo Boito et Giuseppe Verdi. Cependant, Puccini et ses librettistes normalisent cette manipulation de la temporalité en abandonnant l'alternance structurelle entre sections statiques et dynamiques. Grâce à une élaboration de la texture orchestrale et à l'assimilation du motif à une valeur temporelle, Puccini parvient à faire du temps un élément objectif et constitutif d'une fresque dramatico-musicale. D'autant plus que dans les déserts de la Nouvelle-Orléans de l'acte IV, le « motif du nom », que Puccini a su définir dans le temps, devient un point de référence de l'inéluctabilité du temps qui passe. Cette définition du temps comme paramètre dramatique tangible nie l'abstraction des numéros lyriques de l'ancienne solita forma et contredit la critique de Mosco Carner selon laquelle le dernier acte de Puccini n'est rien de plus qu'une « lamentation en forme de duo, qui dure dix-huit minutes ».
Schlagwörter
Dramaturgie, Temporalité, Opéra italien, Puccini